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Après onze ans de délibérations, le tracé de la ligne du petit train départemental de Joigny se réalisa.
Passer par la vallée de Merry-la-vallée
aurait été assez difficile: une locomotive ne peut monter des rampes que de quelques %.
Cette ligne fut bien installée, fossés et talus empierrés, cimentés, suivant la vallée du ruisseau le Tholon, affluent principal de la rive gauche de l’Yonne. A cette époque, il y
coulait beaucoup, plus maintenant. L’ ennui, c’est qu’il traversait les routes sans passage à niveau. Il aurait fallu une quinzaine de gardes-barrières.
Ce tacot traversait, partant de la gare de Toucy le haut, la route nationale 65 (aujourd’hui D 965) dans un petit virage entre deux platanes. A l’époque, la descente du corbeau blanc
était bordée de platanes.
Cette compagnie a bien été jusqu’en 1939. Comme il passait au bord de notre champ, derrière le bief du moulin où nous habitions, traversait la route de Beauvoir sur un pont métallique,
nous avions demandé un arrêt facultatif. Prétendant que la voie montait, il fut refusé. Il fallait aller à un arrêt facultatif au croisement de la rue froide.
Là est arrivé un accident: un soldat venait en permission,. Le tacot ne s’étant pas arrêté, le sodat a sauté et a eu un membre cassé, une jambe, je crois.
Ce train était bondé de femmes au printemps qui allaient vendre des petites oies à Toucy le Samedi, puis, à l’automne, les gens de Parly qui allaient vendre des châtaignes qu’ils
faisaient briller avec un chiffon de laine. Ma sœur, quand j’avais 7 ou 8 ans, m’emmenait au coiffeur à Toucy, prenant le Tacot à la rue froide. Une fois, un employé monte dans un wagon où j’étais. Il était saoul,
il voulait me frapper. Ma sœur n’ayant que 12 ans, ne pouvait me défendre. D’un seul coup, une forte femme se lève, passe son panier sous la banquette, elle attrape le type, le balance sur la banquette de bois.
Interloqué, un peu talé, il s’est endormi sur la banquette.
En 1939, le Tacot est remplacé un moment par un autorail ayant causé un accident mortel sur la route d’Egleny.
Il fut ensuite remplacé par des cars jamais à l’heure, un service très mal fait. Les chauffeurs couraient les femmes, les hommes étaient mobilisés. Ensuite, arrêt: il n’y avait plus de carburant.
Des actions ont été émises à l’idée d’un monsieur toujours à l’affût de combines. Il remit la machine à vapeur chauffée au bois. Il embaucha un chauffeur qui avait habité aux Tessons, à côté de
la gare Beauvoir– Lindry, Georges, plus tard connu sous le sobriquet de « Pouët-Pouët ». A l’entendre, il s’y connaissait dans la manière de conduire une loco. Une fois, arrivé à Beauvoir avec un ou deux
wagons vides, le chef de gare Nicole et sa femme Picolette lui disent: « Ne mets pas les wagons chargés (de noyers) derrière les autres ».
Il ne voulut rien entendre. Dans le parcours entre Chassy et Aillant, il fut obligé de freiner. Le wagon chargé a monté sur l’autre, tout a déraillé dans le talus humide.
A Parly, la gare étant désaffectée, M. Desclaire y avait installé sa menuiserie. Pouët-Pouët invite Mme Desclaire Solange pour l’emmener à Toucy et l’installe sur un wagon de
sable. Arrivé à la gare de Toucy-le-haut, la machine était très chaude. Avec la pompe Giffard, le petit ch’val, ça secouait un peu la loco. Si bien que les freins se sont desserrés, la machine a pris la pente pour
descendre à la gare de Toucy-ville. Stupéfaction: Solange ne voit personne dans la machine. Georges lui crie en courant:« Saute! ».
C’est ce qu’elle a fait. Elle a eu de la chance de ne pas passer sous les roues. Je crois que l’esquif s’est rendu seul à l’autre gare; il y a un long replat après avoir traversé la
grande route 65.
Quand j’étais gamin et que j’habitais au moulin des Loisons, mon père écrivait des lettres commandes sur Paris. Pour aller plus vite, il me les faisait porter à la boîte de la gare de
Beauvoir, toujours en retard. Quand on entendait siffler la loco à la rue froide, mon père me disait: « Prends ton vélo, porte la (ou les) lettres (s) à la gare ». Je prenais mon vélo. Le train était
presque arrivé au hameau des Loisons. Je fonçais. Comme la route des Loisons était parallèle à la ligne du Tacot, le gars debout dans le wagon-poste me faisait signe d’aller plus vite. Souvent, le temps de décharger
les colis, il m’attendait un peu pour prendre mes lettres. Des fois, des employés étaient sur la voie. Comme j’avais chaud en remontant, ils me faisaient boire un petit coup de cidre.
La dame chef de gare était appelée « La Picolotte » parce que son mari c’était «Picolo » qui travaillait sur la voie. Le pauvre était handicapé. Il avait les genoux qui se
touchaient. Les mauvaises langues l’appelaient « Pattes de chieuve » (chèvre). Mme la chef de gare était heureuse quand elle faisait savoir que bien qu’handicapé, il était très travailleur en comparaison
de ses collègues.
Quand il y avait de grandes barres de fer arrivées, elle disait ou écrivait: « Il y a pour vous, M Cancalon, des “cormières” d’arrivées », le vrai nom des cornières.
Les wagons voyageurs n’étaient pas très confortables. C’étaient deux longues banquettes en bois face à face dans les wagons et les voyageurs mettaient leurs paniers et valises sous les
banquettes.
L’aîné de M et Mme Nicolle a été tué en Alsace en 44 . D’après ce que j’ai entendu dire par d’autres, il a voulu attaquer un blindé allemand.
Ce train avait un embranchement à Aillant-sur-Tholon, en prenant la direction d’Auxerre-saint-Gervais, je ne sais pas grand’chose à ce sujet.
Jean-Baptiste CANCALON
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