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Ocrier

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Si, au début, l’ocre était ramassée en surface, la nécessité de creuser des puits s’imposa rapidement. Le travail s’en trouva considérablement modifié On creusait des trous pouvant aller jusqu’à 30m de profondeur. Ces “puits” comprenaient 3 compartiments: un pour la montée des seaux, un pour la descente et un, équipé d’ une échelle, pour les ouvriers. Une première galerie, la “principale”, était alors réalisée horizontalement. Elle mesurait 100 ou 120m de long, 2m de large, 1m80 de haut. On trouvait ensuite la galerie “de tête”, de 20 à 50m de long, 1m80 de haut, 1m65 de large. A la base du puits était prévue une cavité destinée à recueillir les éventuels éboulements de manière à ce que la sortie ne soit pas bouchée. Au-dessus de l’entrée du puits, on construisait parfois des cabanes.

Pour “faciliter” le travail, les galeries étaient creusées plus profond que nécessaire afin que les couches d’ocre se trouvent à environ 1m du sol, évitant ainsi aux piqueurs de devoir se courber. Les couches étaient minces: 10 à 12 cm d’épaisseur pour la”belle”, 25 à 30 cm pour la “commune”. L’ocre était remontée à la hotte puis acheminée en brouettes.     Ce travail était extrèmement pénible et nombre d’ocriers se donnaient du courage en lançant des paris, ce qui leur donnait l’occasion de déboucher de nombreuses bouteilles. La vie des femmes et des enfants s’en trouvait affectée, car rares étaient les jours où les ocriers rentraient à jeun, sans être passés par le café. (A Sauilly, on ne payait pas au verre, mais à l’heure, ce qui n’était pas pour modérer la consommation!...).

Les galeries étaient étayées, mais mal ventilées et on testait la quantité d’oxygène avec une lampe à huile. Si la flamme s’éteignait, on entendait “Ça brûle pas”, et les ouvriers ne descendaient pas. Ils allaient alors soit à la pêche, soit à la chasse, au jardin ou travailler dans une ferme pour la journée. Un ventilateur permettait d’améliorer un peu l’aération et, lorsqu’il était en marche, on l’entendait jusqu’au bourg.

Les ouvriers n’étaient pas payés à l’heure au début, mais à la tâche. Assez rapidement, un treuil à main fut installé à la sortie des puits. On remontait alors des charges de 50 kg. Plus tard, un moteur diesel fut mis en place. L’ocre était alors acheminée par brouettes jusqu’à des lieux de stockage où on en faisait des tas allant jusqu’à 100m de long. On la laissait là 1 an ou 2. Ensuite, elle partait en charrettes jusqu’à l’usine. Là, elle était placée dans des gâchoirs qui contenaient 20 à 25 m3, on la mouillait puis on en faisait des pains d’environ 10 kg. Ces pains étaient “farinés” avec de l’ocre sèche afin qu’ils ne collent pas. Ces pains étaient disposés sur des rayons et mis à sécher plusieurs mois à l’issue desquels ils étaient cassés à la masse puis transportés en brouette jusqu’au four.

Le four, d’une capacité de 30/35 m3, se composait des deux parties, une en chauffe (il fallait 48 heures pour qu’il atteigne la bonne température) et une utilisée. Le feu, qui avait été allumé avec des bourrées (fagots) devait être alimenté toutes les heures en “emmanchant” du bois régulièrement (l’ouvrier dort à côté du four) pendant 24 heures. Après 3 ou 4 jours de refroidissement, l’ocre, devenue jaune, est défournée et conduite par brouettes ou wagonnets jusqu’aux cuves où elle est soigneusement lavée. Puis, on la retire avec une sorte grande louche et c’est alors au tour des femmes et des enfants d’intervenir: l’ocre étant maléable, ils façonnent des “tines” (brioches) qui seront mises à sécher sur des planches pendant 5 à 6 mois. La tine est bien sèche lorsqu’elle sonne.

Toujours par brouettes ou wagonnets, l’ocre est transportée jusqu’au “manège”, broyeur formé de deux pierres, l’une horizontale fixe, l’autre mobile et verticale, tournant sur la première. A Sauilly, il y avait même deux meules l’une derrière l’autre.Si ce poste ne demande pas grande force physique, c’est pourtant le plus redouté à cause de la poussière et peu de Français acceptent d’y travailler. On y trouve surtout des Espagnols et des Portugais. L’ocre est broyée jusqu’à devenir aussi fine que de la farine. Encore aujourd’hui, tout à l’ocrerie de Sauilly est imprégné de poussière rouge: les murs, les machines, chaque pierre, chaque latte de bois témoigne de ce qu’ont dû respirer les ouvriers.

Enfin, dernière étape, après avoir été encore nettoyée, débarrassée de ses impuretés, l’ocre est mise en tonneaux de différentes capacités (de 30/40 kg à 200/230 kg) et, du quai de chargement, expédiée dans le monde entier par charettes, camions, trains, bateaux.